Lettres à mère
Mère, c’est ainsi que vous insistiez pour que je vous appelle, parfois même “Reine Mère”… Pourtant, ce terme résonne étrangement à mes oreilles. Vous n’avez été qu’une génitrice pour vos trois enfants. Vous avez passé mon enfance à me répéter que je n’étais pas votre fils, l’une des nombreuses tortures psychologiques que vous preniez plaisir à infliger. Lorsque ma résistance vous lassait, vous recouriez alors à des violences physiques et à d’autres formes d’abus dont je parlerai plus tard. À 62 ans, je n’ai jamais rencontré ou entendu parler d’une mère aussi acharnée à détruire ses propres enfants, avec une minutie adaptée à vos moyens.
Vous avez bien mérité ce titre de “sorcière” que vous revendiquiez si fièrement, un titre que vous utilisiez pour terrifier l’enfant que j’étais. Vous me faisiez croire que vous aviez le pouvoir de tuer par votre seule volonté, que votre emprise s’étendait sur la vie et la mort, y compris la mienne. Il m’a fallu des années pour comprendre que vous m’aviez manipulé pour empoisonner votre second mari, que nous appelions “l’autre”. Sur cet acte, je ne vous tiens pas rigueur : c’est peut-être le seul que je parviens à accepter. Je ne regrette même pas d’avoir été votre complice involontaire, tant l’idée de savoir cet homme encore vivant aurait compliqué ma vie d’adulte. Votre talent pour manipuler et mettre en scène vos fantasmes reste inégalé.
Ma petite sœur avait cinq ans quand vous avez décrété qu’elle deviendrait infirmière, et vous y êtes parvenue, sans jamais tenir compte de ses aspirations. Quant à notre autre sœur, vous avez instillé en elle le doute sur sa paternité, insinuant que “l’autre” pourrait être son père. Concernant mon propre père, vous m’avez décrit un homme monstrueux, prétendant qu’il avait empoisonné sa grand-mère pour hériter, alors qu’en réalité, elle est morte en couches. Connaissant votre nature et sachant que vous étiez mariée à lui à cette époque, je ne peux m’empêcher de me questionner sur la vérité. Vous affirmiez également qu’il haïssait les chats au point de les tuer, alors que je l’ai vu traiter les siens avec tendresse.
Un chat vivait avec nous dans notre appartement de Villeneuve-Saint-Georges. Vous avez utilisé cet animal pour m’infliger une torture psychologique. Je l’aimais, mais un jour, vous m’avez forcé à l’abandonner dans un sac. Quelques jours plus tard, devinant que je l’avais mis en sécurité, vous m’avez permis de le récupérer, jouissant de mon désarroi.
Il y a eu d’autres épisodes marquants, comme des blessures infligées à un chien dont vous m’avez accusé. Aujourd’hui, je pense que vous projetiez sur moi vos propres actes. Je me souviens d’un chien que vous aviez acheté pour 50 francs à un sans-abri vivant près de notre immeuble. Ce chien avait des plaies aux oreilles, et je vous ai vu, sous mes yeux, tenter de “soigner” ses blessures en coupant sa fourrure avec des ciseaux. Quand le sang a coulé, vous n’avez pas hésité à continuer, avec un calme glaçant, allant jusqu’à mutiler l’autre oreille. Vous m’avez ensuite envoyé chercher de quoi le soigner, mais j’ai fini par ramener le chien à son ancien maître avec des fournitures pour ses soins.